Du fait d’une absence de premier recours permettant de réguler le deuxième recours, 80 % des actes effectués habituellement dans le cadre des services d’urgence des hôpitaux publics sont dévolus à des soins non urgents. Cela contribue à rendre moins sûr et plus difficile l'accueil dans ces services des 20 % d’urgences effectives. L'incidence en coût social est élevée puisque chaque acte réalisé aux urgences coûte à la collectivité environ cinq fois plus cher que la même consultation réalisée en ville dans les cabinets médicaux. Théoriquement, les soins non urgents sont à assurer par les médecins généralistes quotidiennement pendant les heures ouvrables et, en dehors de ces heures, dans le cadre de la permanence des soins. S’il est bien de la responsabilité des pouvoirs publics de faciliter le dialogue entre la ville et l'hôpital, de favoriser tout ce qui est complémentaire dans l'organisation, mais aussi de décourager tout ce qui contribue à désorganiser le système de santé français, la question de l’accès à la santé au moment opportun reste entière. Force est de constater que, pour la population qui fréquente peu son médecin traitant et n’a guère l’occasion de tisser les liens de confiance qui aident à trouver les solutions aux problèmes de santé inopinés, l’accès sans rendez-vous aux cabinets médicaux n’est pas uniformément organisé sur l’ensemble du territoire. En outre, le faible nombre de cabinets contribue à la saturation des carnets de rendez-vous de ceux qui subsistent. La régulation téléphonique, elle aussi, sature faute, semble-t-il, de pouvoir distinguer l’urgence potentielle de l’appel pour un simple conseil de santé. En résumé, l’accès à la médecine de premier recours, faute d’une organisation ad hoc qui autoriserait une régulation effective précédant le deuxième recours, est boudée par la population qui lui préfère les urgences de l’hôpital dont la localisation spatio-temporelle est pour eux limpide. Cette désorganisation du système de santé de premier recours a pour conséquence un désintérêt pour leur santé des populations les moins instruites et socialement les plus éloignées de leur médecin. Elles sont donc confortées dans cette absence de conscience de l’importance de leur santé. Ce déterminant social devient une part de leur identité, qu’elles revendiquent même, avec ce sentiment d’appartenance à la communauté de ceux qui ne fréquentent pas le système de santé et font preuve d’un esprit fort, insubordonné à la science et aux recommandations sanitaires.