L’édition du centenaire du Grand Larousse illustré est sans ambiguïté : l’éditorial est « un article de fond, commentaire, signé ou non, qui exprime, selon le cas, l’opinion d’un journaliste ou celle de la direction du journal ». Le Manuel de journalisme d’Yves Agnès considère que l’éditorial, « en prise sur l’actualité, clair, court, généralement à la une », engage tout le journal, « qu’il soit écrit par un journaliste de base, un rédacteur en chef ou le directeur de la publication. » Le Decodex différencie l’éditorial de la tribune, regard engagé extérieur à la rédaction, mais accueilli par le média, ou de la chronique, article d’un(e) journaliste qui s’autorise une certaine liberté de forme parfois éditorialisante, mais toujours signé, qui n’engage donc que son auteur, au contraire de l’éditorial non signé, qui, dans les codes du Monde, engage tout le journal car débattu collectivement. C’est sans doute à Daniel Vernet, disparu en ce début d’année 2018 qu’on doit la transcription francophone du columnist américain, aristocrate de la profession outre-Atlantique, autorisé à aller au-delà du fait, mais comme « journaliste-analyste », en charge de « prendre de la distance avec l’événement, lui donner la profondeur qu’il mérite, sans jamais omettre de le contextualiser. » Editorialiste régulier du plus grand quotidien français, Michel Urvoy, qui partageait cette fonction avec l’éditeur d’Ouest-France, récemment disparu et éditorialiste chaque samedi, revendique, au nom des valeurs, le droit d’exprimer un point de vue même opposé à la majorité de la rédaction. Et considère que c’est le droit exclusif de l’éditeur fondateur ou dépositaire du projet du média. Pour autant, des commentaires pluralistes, signés de rédacteurs ou de personnalités extérieures, peuvent coexister avec cette pratique de l’éditorial. Longtemps éditorialiste d’un quotidien d’information (La Nouvelle République du Centre-Ouest) et d’un quotidien engagé (La Croix), Dominique Gerbaud plaide pour que l’éditorial aide les lecteurs à se forger eux-mêmes leur opinion en la confrontant, mais aussi pour que l’éditorialiste ne soit pas tenu de prendre position sur tout et à tout moment, surtout lorsque les débats sont binaires face à une réalité très complexe. Sur les grandes questions de société, sur la guerre ou la paix, il pense néanmoins que l’éditorialiste a le devoir de s’engager, de sortir d’une neutralité même bienveillante sous peine de jouer les Ponce Pilate, d’être absent du débat au moment où on aurait le plus besoin de lui.