La pensée vintage

23 mai 2018

Des urgences encombrées à mauvais escient faute d’orientation efficace

Du fait d’une absence de premier recours permettant de réguler le deuxième recours, 80 % des actes effectués habituellement dans le cadre des services d’urgence des hôpitaux publics sont dévolus à des soins non urgents. Cela contribue à rendre moins sûr et plus difficile l'accueil dans ces services des 20 % d’urgences effectives. L'incidence en coût social est élevée puisque chaque acte réalisé aux urgences coûte à la collectivité environ cinq fois plus cher que la même consultation réalisée en ville dans les cabinets médicaux. Théoriquement, les soins non urgents sont à assurer par les médecins généralistes quotidiennement pendant les heures ouvrables et, en dehors de ces heures, dans le cadre de la permanence des soins. S’il est bien de la responsabilité des pouvoirs publics de faciliter le dialogue entre la ville et l'hôpital, de favoriser tout ce qui est complémentaire dans l'organisation, mais aussi de décourager tout ce qui contribue à désorganiser le système de santé français, la question de l’accès à la santé au moment opportun reste entière. Force est de constater que, pour la population qui fréquente peu son médecin traitant et n’a guère l’occasion de tisser les liens de confiance qui aident à trouver les solutions aux problèmes de santé inopinés, l’accès sans rendez-vous aux cabinets médicaux n’est pas uniformément organisé sur l’ensemble du territoire. En outre, le faible nombre de cabinets contribue à la saturation des carnets de rendez-vous de ceux qui subsistent. La régulation téléphonique, elle aussi, sature faute, semble-t-il, de pouvoir distinguer l’urgence potentielle de l’appel pour un simple conseil de santé. En résumé, l’accès à la médecine de premier recours, faute d’une organisation ad hoc qui autoriserait une régulation effective précédant le deuxième recours, est boudée par la population qui lui préfère les urgences de l’hôpital dont la localisation spatio-temporelle est pour eux limpide. Cette désorganisation du système de santé de premier recours a pour conséquence un désintérêt pour leur santé des populations les moins instruites et socialement les plus éloignées de leur médecin. Elles sont donc confortées dans cette absence de conscience de l’importance de leur santé. Ce déterminant social devient une part de leur identité, qu’elles revendiquent même, avec ce sentiment d’appartenance à la communauté de ceux qui ne fréquentent pas le système de santé et font preuve d’un esprit fort, insubordonné à la science et aux recommandations sanitaires.

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21 mars 2018

Vous avez dit éditorial ? De quoi parle-t-on ?

L’édition du centenaire du Grand Larousse illustré est sans ambiguïté : l’éditorial est « un article de fond, commentaire, signé ou non, qui exprime, selon le cas, l’opinion d’un journaliste ou celle de la direction du journal ». Le Manuel de journalisme d’Yves Agnès considère que l’éditorial, « en prise sur l’actualité, clair, court, généralement à la une », engage tout le journal, « qu’il soit écrit par un journaliste de base, un rédacteur en chef ou le directeur de la publication. » Le Decodex différencie l’éditorial de la tribune, regard engagé extérieur à la rédaction, mais accueilli par le média, ou de la chronique, article d’un(e) journaliste qui s’autorise une certaine liberté de forme parfois éditorialisante, mais toujours signé, qui n’engage donc que son auteur, au contraire de l’éditorial non signé, qui, dans les codes du Monde, engage tout le journal car débattu collectivement. C’est sans doute à Daniel Vernet, disparu en ce début d’année 2018 qu’on doit la transcription francophone du columnist américain, aristocrate de la profession outre-Atlantique, autorisé à aller au-delà du fait, mais comme « journaliste-analyste », en charge de « prendre de la distance avec l’événement, lui donner la profondeur qu’il mérite, sans jamais omettre de le contextualiser. » Editorialiste régulier du plus grand quotidien français, Michel Urvoy, qui partageait cette fonction avec l’éditeur d’Ouest-France, récemment disparu et éditorialiste chaque samedi, revendique, au nom des valeurs, le droit d’exprimer un point de vue même opposé à la majorité de la rédaction. Et considère que c’est le droit exclusif de l’éditeur fondateur ou dépositaire du projet du média. Pour autant, des commentaires pluralistes, signés de rédacteurs ou de personnalités extérieures, peuvent coexister avec cette pratique de l’éditorial. Longtemps éditorialiste d’un quotidien d’information (La Nouvelle République du Centre-Ouest) et d’un quotidien engagé (La Croix), Dominique Gerbaud plaide pour que l’éditorial aide les lecteurs à se forger eux-mêmes leur opinion en la confrontant, mais aussi pour que l’éditorialiste ne soit pas tenu de prendre position sur tout et à tout moment, surtout lorsque les débats sont binaires face à une réalité très complexe. Sur les grandes questions de société, sur la guerre ou la paix, il pense néanmoins que l’éditorialiste a le devoir de s’engager, de sortir d’une neutralité même bienveillante sous peine de jouer les Ponce Pilate, d’être absent du débat au moment où on aurait le plus besoin de lui.

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23 février 2018

Parce que j'aime le vin

Un récent cours d'oenologie, que mes amis m'ont offert pour une raison qui reste obscure, m'a permis d'en apprendre plus sur la vinification des vins blancs. Et comme je suis d'une nature généreuse, j'avais envie de partager avec vous mes découvertes. Si les blancs peuvent être réalisés avec des raisins blancs ou des raisins rouges, il est indispensable de ne pas mêler les rafles au jus lors du cuvage. Si la vinification d'un vin rouge commence donc avec la fermentation, c'est le contraire avec le blanc : le pressurage doit avoir lieu avant. La genèse des vins blancs ne se distingue pas de celle des rouges sur ce seul point. En effet, les blancs peuvent présenter une étonnante variété, tour à tour secs, moelleux ou liquoreux. Il faut savoir capter le moment idéal pour récolter, et immédiatement après, il faut procéder au pressurage : le moût de blanc s'oxydant facilement, il est en effet essentiel d'interdire leur déprédation à cause de l'oxygène. Une certaine délicatesse est requise lors du pressurage : en effet, en cas de trop grande pression, le vin blanc peut avoir au final en bouche un goût astringent ! Après que le moût soit sorti du pressoir, il est envoyé dans un cuveau de débourbage. Il peut alors être ensemencé avec une souche de levures (qui doit être harmonisée au caractère des arômes primaires). S'ensuit l'étape de vinification, la plus importante, qui va transformer le sucre en alcool, et donc le jus de raisin en vin ! Au cours de ce processus, de nouveaux arômes font leur apparition : les arômes secondaires, qui vont avoir une influence capitale dans l'élaboration du bouquet et dans son caractère. Leur élaboration est privilégiée par une vinification à basse température, aux alentours de 20°. En ce qui concerne les vins blancs doux, moelleux ou liquoreux, le schéma de la vinification diffère en deux points du processus ordinaire : en premier lieu, le pressurage est nettement plus long ; mais surtout, la vinification doit évidemment être arrêtée avant la totale transformation des sucres en alcool ! Après ce petit cours d'oenologie, je ne regarderai plus le contenu de mon verre de la même manière. Et vous ? Retrouvez plus de renseignements sur l'organisateur de cette activité de cours d'oenologie à Saint-Emilion.

 

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06 février 2018

La valeur attend le nombre des années

Oubliez ce que prétend le célèbre vers de Corneille : car que l'on soit une âme bien née ou non, la valeur attend toujours le nombre des années. La pensée que l'on développe dans notre jeunesse est toujours radicale, péremptoire et sans compromis. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que ce sont les jeunes qui partent en Syrie, et dans les pays où la jeunesse est fortement représentée que Daesh s'implante le plus : les révolutions, les révoltes et les solutions radicales se développent toujours dans le terreau de la jeunesse.

J'ai aimé cette période sans compromis de ma jeunesse. Mais à tout prendre, je préfère la période présente : plus posée, plus conciliante, plus mûre. Et c'est cet esprit-là que j'aimerais partager ici. Car il me semble que bon nombre de problèmes sociaux, politiques et économiques pourraient trouver des solutions si nous n'étions pas emportés par ce flot impétueux de la jeunesse, aujourd'hui surreprésenté du fait des médias et, surtout, des réseaux sociaux.

Bienvenus dans mes pensées vintage...

Posté par soulieric à 12:03 - Permalien [#]