La pensée vintage

24 août 2018

Conférence de Pékin

Il y a quelques jours, je suis allé à un meeting à Pékin où j'ai eu une discussion captivante avec un ancien fonctionnaire. Son point de vue m'a, je dois dire, plutôt sidéré, car il témoignait d'un grave désaveu de l'administration. Il allait jusqu'à dire que selon lui, le principal problème du pays n'était pas la classe politique : c'était l'administration en elle-même ! J'ai trouvé son propos très instructif. D'après lui, l'un des gros problèmes posés par l'administration est son incroyable fixité, qui la met à l'abri de toute obligation de résultat. Il expliquait notamment (et il avait assisté lui-même plus d'une fois à ce phénomène) comment une résolution ordonnée par un ministre pouvait être freinée par un simple chef de bureau qui n'avait qu'à la mettre dans le fond d'une liasse de documents. Pourquoi ? Tout simplement parce que le chef de bureau n'a pas la moindre obligation de résultat : il sait qu’il sera à son bureau demain, à l'inverse du ministre à l'origine de l'initiative. Et cette temporisation à tous les échelons de la hiérarchie a un impact important sur la mise en application de la moindre initiative : elle contribue pour une bonne part à l'immobilisme général qui caractérise la France et son administration. Mais le pire resterait selon cette personne la totale déconnexion qu'entretient l'administration avec le réel. Lorsqu'elle finit par agir, elle procéderait en fait le plus souvent en aveugle, sans se soucier de la situation sur le terrain. D'où des actions qui, en dehors du fait qu'elles soient à la fois lentes et dispendieuses, sont totalement inefficaces la plupart du temps. Apparemment, le mammouth de l'administration dont parlait Allègre en son temps est loin d'être une espèce en voie de disparition ! Je m'attendais plus ou moins à dépérir durant ce meeting à Pékin (le sujet de départ n'était pas très passionnant), mais tout s'est heureusement bien passé. En plus, l'organisation était tout simplement sublime. En passant, je vous mets un lien vers l'agence qui s'est occupée de le mettre en place, si vous cherchez un presta pour ce type d'événement. Suivez le lien pour toute information sur ce séminaire en Chine.

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21 août 2018

L’économie positive est rentable

Les organisations de l’économie positive sont viables économiquement. L’exemple des stratégies Bottom of the Pyramid (BoP) le montre. Elles s’adressent à des consommateurs jusqu’alors exclus de l’économie de marché. Elles opèrent ainsi une « démocratisation » de l’accès à la consommation. Les BoP vont bien au-delà de la satisfaction d’un besoin chez un consommateur : elles favorisent leur insertion dans la société. Un rapport de la Société financière internationale (de la Banque mondiale) établit que les BoP représentent une valeur de 5 000 milliards de dollars. D’autre part, l’impact économique positif de l’entrepreneuriat social est avéré1. Sur 10 entrepreneurs sociaux étudiés par McKinsey, les valeurs générées pour la collectivité se chiffrent à plus de 5 milliards d’euros par an. D’autres bénéfices qualitatifs non encore chiffrés sont également répertoriés, tels que l’avancée de l’âge de la dépendance ou encore l’intégration des personnes issues de la diversité. De même, les entreprises qui se préoccupent de l’environnement restent rentables : l’étude « People & Profits » des économistes Joshua Margolis et James Walsh (2011), qui étudie le lien entre les performances sociales au sens large et financières d’une entreprise, montre les nombreux bienfaits économiques que tirent les organisations qui préservent l’environnement : réduire la pollution peut diminuer les coûts d’opération ; adhérer à des standards environnementaux favorise l’innovation dans les procédés ; développer des stratégies efficaces de gestion des ressources rares (eau, énergie) rassure les investisseurs (sécurité d’approvisionnement) ; la responsabilité sociale diminue les risques de sanctions coûteuses pour non-respect des règlements et de poursuites tout aussi coûteuses entamées par des clients insatisfaits ou par le gouvernement ; le moral des employés est amélioré, ce qui les rend plus productifs ; l’entreprise devient attractive pour les jeunes talents et les fidélise ; enfin, la communauté fait davantage confiance à l’entreprise. L’économie positive ne contredit donc pas nécessairement les exigences de rendement financier du capital.

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28 mai 2018

Politique parisienne

Dans la vie, je ne suis pas du genre indécis : je sais ce que je veux. Enfin, la plupart du temps, en tout cas. Car pour les élections présidentielles qui se présentent cette année, je suis totalement incapable de dire à qui doit aller mon vote. Ni même si mon vote doit aller à quelqu'un ! Et je suis loin d'être le seul dans ce cas de figure. Récemment, j'ai en effet assisté à un incentive à Paris où j'ai discuté de ces élections avec quelques participants. Et j'ai découvert que pas mal de gens étaient eux aussi dans une impasse : ils distinguaient comme moi le côté crucial de ce scrutin, mais avaient un mal fou à choisir. A leurs yeux, aucun challenger ne pouvait vraiment prendre la tête de l'Etat. Fillon, qui se croit au-dessus des lois. Macron qui remue du vent à n'en plus finir. Hamon, qui est dans le parti socialiste depuis l'âge de 19 ans ! Marine, et ses idées d'un autre âge... Je ne peux que partager leur avis. En ce qui me concerne, ces candidats sont tout à fait insupportables. Et chacun d'eux fera beaucoup de mal au pays, s'il passe finalement. Les principaux challengers sont donc, de mon point de vue, hors de question. Du coup, je pense que je vais me pencher sur les outsiders auxquels les médias ne s'intéressent pas encore. Tous n'arriveront pas à recueillir les 500 signatures nécessaires, mais ils pourraient changer la donne de ces élections d'ici peu. En effet, lorsque les élections commenceront vraiment, l'égalité de temps de parole va rééquilibrer les choses, et ces gens-là auront là un créneau pour faire passer leurs idées. Ensuite, si beaucoup d'électeurs sont comme moi et ne veulent plus des politiciens professionnels, ces non-énarques pourraient trouver un électorat plus important qu'il n'y paraît. Comme l'a montré l'exemple de Trump, tout est possible, dans une élection ! Quoi qu'il en soit, cet incentive m'a bien plu. Voici le site de l'agence qui l'a mis sur pied, on ne sait jamais. A lire sur le site de ce incentive à Paris.

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23 mai 2018

Des urgences encombrées à mauvais escient faute d’orientation efficace

Du fait d’une absence de premier recours permettant de réguler le deuxième recours, 80 % des actes effectués habituellement dans le cadre des services d’urgence des hôpitaux publics sont dévolus à des soins non urgents. Cela contribue à rendre moins sûr et plus difficile l'accueil dans ces services des 20 % d’urgences effectives. L'incidence en coût social est élevée puisque chaque acte réalisé aux urgences coûte à la collectivité environ cinq fois plus cher que la même consultation réalisée en ville dans les cabinets médicaux. Théoriquement, les soins non urgents sont à assurer par les médecins généralistes quotidiennement pendant les heures ouvrables et, en dehors de ces heures, dans le cadre de la permanence des soins. S’il est bien de la responsabilité des pouvoirs publics de faciliter le dialogue entre la ville et l'hôpital, de favoriser tout ce qui est complémentaire dans l'organisation, mais aussi de décourager tout ce qui contribue à désorganiser le système de santé français, la question de l’accès à la santé au moment opportun reste entière. Force est de constater que, pour la population qui fréquente peu son médecin traitant et n’a guère l’occasion de tisser les liens de confiance qui aident à trouver les solutions aux problèmes de santé inopinés, l’accès sans rendez-vous aux cabinets médicaux n’est pas uniformément organisé sur l’ensemble du territoire. En outre, le faible nombre de cabinets contribue à la saturation des carnets de rendez-vous de ceux qui subsistent. La régulation téléphonique, elle aussi, sature faute, semble-t-il, de pouvoir distinguer l’urgence potentielle de l’appel pour un simple conseil de santé. En résumé, l’accès à la médecine de premier recours, faute d’une organisation ad hoc qui autoriserait une régulation effective précédant le deuxième recours, est boudée par la population qui lui préfère les urgences de l’hôpital dont la localisation spatio-temporelle est pour eux limpide. Cette désorganisation du système de santé de premier recours a pour conséquence un désintérêt pour leur santé des populations les moins instruites et socialement les plus éloignées de leur médecin. Elles sont donc confortées dans cette absence de conscience de l’importance de leur santé. Ce déterminant social devient une part de leur identité, qu’elles revendiquent même, avec ce sentiment d’appartenance à la communauté de ceux qui ne fréquentent pas le système de santé et font preuve d’un esprit fort, insubordonné à la science et aux recommandations sanitaires.

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21 mars 2018

Vous avez dit éditorial ? De quoi parle-t-on ?

L’édition du centenaire du Grand Larousse illustré est sans ambiguïté : l’éditorial est « un article de fond, commentaire, signé ou non, qui exprime, selon le cas, l’opinion d’un journaliste ou celle de la direction du journal ». Le Manuel de journalisme d’Yves Agnès considère que l’éditorial, « en prise sur l’actualité, clair, court, généralement à la une », engage tout le journal, « qu’il soit écrit par un journaliste de base, un rédacteur en chef ou le directeur de la publication. » Le Decodex différencie l’éditorial de la tribune, regard engagé extérieur à la rédaction, mais accueilli par le média, ou de la chronique, article d’un(e) journaliste qui s’autorise une certaine liberté de forme parfois éditorialisante, mais toujours signé, qui n’engage donc que son auteur, au contraire de l’éditorial non signé, qui, dans les codes du Monde, engage tout le journal car débattu collectivement. C’est sans doute à Daniel Vernet, disparu en ce début d’année 2018 qu’on doit la transcription francophone du columnist américain, aristocrate de la profession outre-Atlantique, autorisé à aller au-delà du fait, mais comme « journaliste-analyste », en charge de « prendre de la distance avec l’événement, lui donner la profondeur qu’il mérite, sans jamais omettre de le contextualiser. » Editorialiste régulier du plus grand quotidien français, Michel Urvoy, qui partageait cette fonction avec l’éditeur d’Ouest-France, récemment disparu et éditorialiste chaque samedi, revendique, au nom des valeurs, le droit d’exprimer un point de vue même opposé à la majorité de la rédaction. Et considère que c’est le droit exclusif de l’éditeur fondateur ou dépositaire du projet du média. Pour autant, des commentaires pluralistes, signés de rédacteurs ou de personnalités extérieures, peuvent coexister avec cette pratique de l’éditorial. Longtemps éditorialiste d’un quotidien d’information (La Nouvelle République du Centre-Ouest) et d’un quotidien engagé (La Croix), Dominique Gerbaud plaide pour que l’éditorial aide les lecteurs à se forger eux-mêmes leur opinion en la confrontant, mais aussi pour que l’éditorialiste ne soit pas tenu de prendre position sur tout et à tout moment, surtout lorsque les débats sont binaires face à une réalité très complexe. Sur les grandes questions de société, sur la guerre ou la paix, il pense néanmoins que l’éditorialiste a le devoir de s’engager, de sortir d’une neutralité même bienveillante sous peine de jouer les Ponce Pilate, d’être absent du débat au moment où on aurait le plus besoin de lui.

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23 février 2018

Parce que j'aime le vin

Un récent cours d'oenologie, que mes amis m'ont offert pour une raison qui reste obscure, m'a permis d'en apprendre plus sur la vinification des vins blancs. Et comme je suis d'une nature généreuse, j'avais envie de partager avec vous mes découvertes. Si les blancs peuvent être réalisés avec des raisins blancs ou des raisins rouges, il est indispensable de ne pas mêler les rafles au jus lors du cuvage. Si la vinification d'un vin rouge commence donc avec la fermentation, c'est le contraire avec le blanc : le pressurage doit avoir lieu avant. La genèse des vins blancs ne se distingue pas de celle des rouges sur ce seul point. En effet, les blancs peuvent présenter une étonnante variété, tour à tour secs, moelleux ou liquoreux. Il faut savoir capter le moment idéal pour récolter, et immédiatement après, il faut procéder au pressurage : le moût de blanc s'oxydant facilement, il est en effet essentiel d'interdire leur déprédation à cause de l'oxygène. Une certaine délicatesse est requise lors du pressurage : en effet, en cas de trop grande pression, le vin blanc peut avoir au final en bouche un goût astringent ! Après que le moût soit sorti du pressoir, il est envoyé dans un cuveau de débourbage. Il peut alors être ensemencé avec une souche de levures (qui doit être harmonisée au caractère des arômes primaires). S'ensuit l'étape de vinification, la plus importante, qui va transformer le sucre en alcool, et donc le jus de raisin en vin ! Au cours de ce processus, de nouveaux arômes font leur apparition : les arômes secondaires, qui vont avoir une influence capitale dans l'élaboration du bouquet et dans son caractère. Leur élaboration est privilégiée par une vinification à basse température, aux alentours de 20°. En ce qui concerne les vins blancs doux, moelleux ou liquoreux, le schéma de la vinification diffère en deux points du processus ordinaire : en premier lieu, le pressurage est nettement plus long ; mais surtout, la vinification doit évidemment être arrêtée avant la totale transformation des sucres en alcool ! Après ce petit cours d'oenologie, je ne regarderai plus le contenu de mon verre de la même manière. Et vous ? Retrouvez plus de renseignements sur l'organisateur de cette activité de cours d'oenologie à Saint-Emilion.

 

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06 février 2018

La valeur attend le nombre des années

Oubliez ce que prétend le célèbre vers de Corneille : car que l'on soit une âme bien née ou non, la valeur attend toujours le nombre des années. La pensée que l'on développe dans notre jeunesse est toujours radicale, péremptoire et sans compromis. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que ce sont les jeunes qui partent en Syrie, et dans les pays où la jeunesse est fortement représentée que Daesh s'implante le plus : les révolutions, les révoltes et les solutions radicales se développent toujours dans le terreau de la jeunesse.

J'ai aimé cette période sans compromis de ma jeunesse. Mais à tout prendre, je préfère la période présente : plus posée, plus conciliante, plus mûre. Et c'est cet esprit-là que j'aimerais partager ici. Car il me semble que bon nombre de problèmes sociaux, politiques et économiques pourraient trouver des solutions si nous n'étions pas emportés par ce flot impétueux de la jeunesse, aujourd'hui surreprésenté du fait des médias et, surtout, des réseaux sociaux.

Bienvenus dans mes pensées vintage...

Posté par soulieric à 12:03 - Permalien [#]